J'ai appris pas mal de choses durant mon expérience d'infirmière en psychiatrie et en alcoologie. Et j'apprends pas mal de choses depuis que je suis suivie par une psychologue.

La première et pas des moindres: La part enfant!

Nous avons tous en nous une part souffrante. Il s'agit d'une part de notre personnalité qui prend son origine dans l'enfance, qui a été marquée par des apprentissages auxquels nous avons dû faire face, parfois dans la douleur. Certains d'entre nous ont subi un choc tellement violent, ou une enfance tellement dure, qu'il y a eu comme brisure dans notre chemin de vie, laissant une cicatrice psychologique. L'enfant que nous étions à l'époque a reçu un tel choc, s'est retrouvé tellement démuni, qu'une part de lui, de sa psyché a arrêté de grandir. Elle est resté bloqué dans le traumatisme.

C'est cet enfant intérieur, porteur de notre part souffrante, qui nous joue parfois des tours arrivés à l'âge adulte, qui fait que certains de nous reproduisent encore et encore les mêmes erreurs, manquent encore et toujours de confiance ou d'équilibre.

Bien souvent, nous jugeons cet enfant de manière très sévère. Nous l'insultons, voulant lui clouer le bec et l'accusant de tout nos maux! Mais peut on en vouloir à un enfant d'avoir tellement souffert, ou d'avoir eu tellement peur qu'il s'est enfui et s'est caché pour échapper aux monstres?!

Peut-être que nous n'en avons pas conscience, mais se juger très sévèrement, se faire souffrir, ça ne fait qu'aggraver notre situation, car cela ne fait que faire souffrir d'avantage notre part enfant!

Cela peut paraître un peu abstrait, mais c'est important de le savoir! 

La deuxième chose que j'ai apprise et que j'essaie maintenant d'intégrer, c'est que la seule personne dont peut venir le salut de notre part enfant, c'est de nous même! Nous sommes les seuls à pouvoir dialoguer avec cet enfant et à pouvoir le consoler, le déculpabiliser et le sécuriser. Nous sommes malheureusement les seuls à pouvoir le comprendre et l'aimer!

Le hic, c'est qu'avant de pouvoir faire ça, il faut retrouver cet enfant qui est perdu, ou bien caché au plus profond de nous! Et pour pouvoir le retrouver, il faut accepter de voire la vérité en face, accepter de regarder son passé, de le mettre à distance, et de vivre son présent. Et ça bien sûr, c'est très compliqué de le faire seul, car ça veut dire aussi avoir une compréhension de son inconscient.

Personnellement, je ressens assez bien ma part enfant. Je ne sais pas trop l'âge qu'elle a, mais je pense qu'elle est vraiment toute petite. Je pense qu'elle n'a pas plus de deux ans. Ce n'est pas facile de rassurer une enfant de deux ans qui est tétanisée par la peur et la culpabilité! D'autant que ces sentiments sont encore très puissamment ancré en moi! Il ne sont pas rationnels, car dans ma vie d'aujourd'hui, rien ne justifie leur présence, pour autant ils sont là!

Mais voilà, quelque chose vient de changer!

Comme je le disais dans mon premier message, j'ai décidé de faire volte face et de me défendre!

Mes parents ont toujours fait une différence énorme entre mes frères et moi. Comme je le disais, le père qui m'a élevée n'est pas mon père biologique. Jusqu'à maintenant, j'excusais ces différences de traitement par des croyances que l'on m'avait planter dans le crane!

C'est normal, je suis la seule fille!

C'est normal, je suis l'ainée!

C'est normal, c'est que je suis la plus émotive, la plus sensible, la plus susceptible....

Bref, vous l'aurez compris, quoiqu'ils me fassent subir, de toutes façons, c'était de ma faute. Mes doléances et mes incompréhensions n'avaient aucun fondement, aucune valeur à leurs yeux.

Mais voilà, quelque chose vient de changer!

Ma mère est morte des suites de son alcoolisme après 6 mois d'hospitalisation, le 27 juin 2016.

Mon frère diagnostiqué bipolaire un peu trop tard, s'est suicidé le 28 Août 2017.

Mon grand-père adoptif, est mort ce 26 mai.

Il reste donc mon dernier frère, mon père, ma grand-mère et moi.

Je pensais que mes relations avec mon père avaient changées. Je pensais qu'avec tout ce que j'ai donné à cette famille, avec tout ce que j'ai fait pour ma mère, je pensais que j'avais gagné ma place au sein de cette famille.Je pensais que j'avais enfin gagné le respect de mon père qui m'a souvent prise pour une moins que rien, car j'avais moins de facilités que mes frères à l'école.

Je pensais que j'avais gagné le titre honorifique de petite-fille auprès de ma grand-mère qui m'a souvent traitée de petite conne arrogante, quand j'avais le malheur d'avoir raison, ou d'être la seul à connaître la réponse des questions des apéricubes. Si si, je vous jure! Bon bin du coup j'ai arrêté de répondre tout haut! Je me donnais les réponses à moi toute seule dans ma tête! Bizarrement je pensais que ça me simplifiait l'existance de garder le silence durant les  apéros familiaux! Du coup, après ils m'ont accusé de ne pas m'interresser, et que je cite:"T'a qu'a le dire si tu te fais chier avec nous, si on est pas assez bien pour toi!". Bref, quand ça veut pas!

Comme je ne suis pas de leur sang, je ne peux pas décemment être aussi, voire plus intelligente qu'eux! Je ne peux pas avoir plus de connaissances qu'eux!

Bref, cette toute petite fille en moi avait commencé à sortir de son mutisme. Elle commençait à croire qu'elle avait de la valeur à leurs yeux, que tous les efforts qu'elle a fait pendant toutes ces années pour répondre à leurs exigences changeantes, pour correspondre à ce qu'ils voulaient qu'elle soit, que tous les sacrifices, toutes les brimades qui lui ont brisé le coeur, mais qu'elle a réussi à mettre de coté pour ne surtout pas faire de vagues, elle pensait que tout ça allait enfin être récompensé.

Enfin, la vie gagnait en légèreté, en rapprochement avec mon père et mon frère, en conversation de femme à femme avec ma grand-mère. J'avais même cru que je pouvais m'exprimer durant les repas familiaux, et être entendue. Bon on parle pas des sujets tabou, mais de banalitées là!

J'avais enfin le sentiment de faire partie de cette famille! Après tant de larmes et tant d'années!

Et la semaine dernière, tout a basculé! Enfin pour moi, parce que pour eux c'est juste la routine!

Mon père m'a infligé l'injustice de trop! La dévalorisation de trop! L'insulte de trop! Le choc!

C'est là que j'ai compris!

J'avais toujours trouvé des excuses à leur maltraitance, car oui, il s'agit bien de maltraitance quand un de ses enfants n'a droit à rien tandis que les deux autres ont tous les droits! Je n'étais pas prête à assumer la vérité, à l'encaisser!

J'ai senti ma part enfant, la petite Emilie de deux ans, se mettre à pleurer sous l'effet du choc! J'ai senti qu'elle allait s'enfuir pour retourner dans sa cachette silencieuse. Sauf que là, je l'ai retenue, je l'ai prise dans mes bras, et je lui ai parlé. Je lui ai dit que ce n'est pas sa faute tout ça, qu'elle n'a rien fait de mal. Je lui ai tout expliqué.

J'ai enfin accepté que je ne suis pas responsable du fait qu'on me mette à l'écart de cette famille. Contrairement à ce que l'on ma fait croire toute ma vie, le problème ne vient pas de moi. J'ai répondu à toutes leurs attentes toute ma vie et pour autant ça n'a rien changé!

Parce qu'en fait le problème c'est mon sang! Et oui, je ne suis pas la fille biologique de mon père, et c'est de là que vient tout le problème! Et ça il fallait que j'accepte de le voir en face, il fallait que je puisse faire face au tsunami émotionnel! Car aujourd'hui je me sens complètement impuissante...je ne peux rien y faire! Cela veux dire que je vais devoir faire avec toute ma vie! Mais aujourd'hui je suis assez forte pour encaisser le fait que je ne ferais jamais partie intégrante de cette famille que j'ai tant aimé, au point de ne plus m'aimer moi-même!

Je sens que ça va être long, mais je commence à me libérer de cette attente! L'attente d'amour, de reconnaissance, de considération!

Et qu'est ce qui fait que je suis capable de ça aujourd'hui, c'est parce que j'ai réussi à dire à une petite fille de deux ans qu'elle a le droit d'être aimée, et que si certains adultes ne l'aiment pas c'est de leur fait à eux, et non à cause d'elle. Les enfants n'ont pas à payer de leur personne pour être aimer!  Un enfant doit être aimer de manière inconditionnelle!

Je lui ai aussi dit que l'amour inconditionnel d'un homme m'a sauvée, que cet homme en m'aimant moi, l'aime elle aussi!

Alors nous sommes deux pour l'aimer et peu importe les autres.

J'espère avoir réussi à vous faire comprendre à quel point il est important de pouvoir prendre soin de sa part souffrante pour pouvoir prendre soin de soi!

Bon j'espère être un peu plus légère et un peu plus gaie dans mon prochain message!

Car aujourd'hui, je sens qu'un poids sur mon coeur est un peu moins lourd.

J'ai enlevé une grosse marmite de mon placard!